Fifa Dystopia

Sur mon Orval, je ne me foutrai plus jamais de la gueule de Gianni Infantino

Je n'ai pas regardé la cérémonie d'ouverture de la coupe du monde 2026 hier, ni le premier match entre le Mexique et l'Afrique du Sud... 
En fait, j'étais plongé dans le livre de Julien Devaureix, « Le monde change et on n'y comprend rien ! »2 en écoutant le dernier album de ghinzu, groupe belge légendaire, « W.O.W.A », qui est excellent ­— manquait juste un Orval et des cacahuètes pour que le moment soit parfait —, mais la télé était allumée parce que mon fils de onze ans avait envie de voir le match et qui suis-je moi pour lui dire qu'il ferait mieux de regarder le documentaire sur Edgar Morin sur Arte1...

Je ne cache pas que je ne suis pas un grand fan de foot — comme aurait pu le dire Pierre-Emmanuel Barré « la coupe du monde est l'événement dont j'en ai le plus rien à foutre, juste après l'Eurovision — chacun son truc, et j'éprouve un ressentiment assez virulent quand je pense à la World Cup, enfin surtout à la FIFA qui organise et, selon moi, le champion du monde du cynisme, Gianni Infantino, mais cette émotion ne regarde que moi et, tout comme Gianni, je fais ce que je veux (même avec mes cheveux).

Mais à un moment, j'ai levé les yeux, et puis j'ai vu ceci :

Gianni Infantino au match d'ouverture de la coupe du monde 2026Gianni Infantino au match d'ouverture de la coupe du monde 2026 entre le Mexique et l'Afrique du Sud

Et, alors que je suis le premier à me lancer dans des diatribes verbales ordurières quand je pense à Gianni, et c'est pire quand je le vois, cette fois-ci, j'ai eu un long moment de silence — j'ai même mis la musique en pause, posé mon livre, mais pas le verre d'Orval puisque je n'en avais pas, suivez un peu ! — et j'ai éprouvé un sincère élan de pitié...

Voilà, n'est-ce pas, le Néron du foot, celui qui ne se contente pas de brûler Rome, mais la planète entière en organisant tantôt la coupe du monde dans un pays où les stades entiers doivent être climatisés, parce qu'on est en plein désert et que personne n'avait eu la présence d'esprit de prévoir qu'il allait peut-être faire un peu chaud, et qui sont construits par des esclaves des temps modernes qui ont parfois l'outrecuidance de crever tandis que leur todo-liste est loin d'être clôturée alors qu'on avait pourtant bien pris la peine de les priver de passeport ; tantôt dispatché sur un continent entier, dans 16 stades différents, engendrant par la même occasion des déplacements en avion et une emprunte carbone qui ferait pâlir d'envie Patrick Pouyanné, un autre patron que j'adoooooooooooore — mais je m'écarte... comme dirait Raymond la Science3, « Resserre imbécile ! »... sans doute une bonne idée de commencer une nouvelle phrase, voire même un nouveau paragraphe pour reprendre l'idée...

Voilà donc Gianni, le ÜberNéron du foot, qui crame la planète entière pour organiser, tous les quatre ans, la plus grande fiesta sportive mondiale, allant jusqu'à revoir les règles du foot en insérant des pauses de trois minutes dans les matchs, officiellement, pour que les joueurs puissent souffler un coup et boire un verre — aussi le bon moment pour vite filer au petit coin, je dis ça, je dis rien — mais en réalité pour permettre la création de contenu supplémentaire pour la Nuit des Publivores4 ; une fiesta mondiale donc, sauf si on est un des meilleurs arbitres du monde mais qu'on a eu la très mauvaise idée d'être somalien en même temps5, qui aura par contre l'honneur de faire le ref au match des minimes de l'UEFA ; la méga-teuf qui fait oublier à tout le monde que Trump, qui a obtenu le prix FIFA pour la paix des mains mêmes de Gianni6 — et à juste titre puisqu'il a annulé le bombardement prévu ce jeudi 11 juin sur l'Iran, en l'honneur de l'esprit footballistique et pour que Darius Rochebin, sur LCI, puisse se concentrer exclusivement sur la Coupe du Monde — et dont la féerie vaselinèsque devrait permettre, en Belgique, aux ministres Valérie Glatigny et Elisabeth Degryse de faire passer au forceps leur réforme boiteuse de l'enseignement de la fédération Wallonie-Bruxelles sans beaucoup d'égard pour les enseignants et encore moins pour les élèves/futurs consommateurs citoyens7 ; « Resserre couillon ! », ah ben voilà... je me suis encore laissé emporter... merci pour le rappel à l'ordre Raymond...

Donc, Gianni, qui organise la plus grosse méga-party ballonèsque de l'année 2026, en cramant la planète avec feu d'artifice iranien et qui, alors qu'il devrait être le roi de la fête puisqu'il a obtenu tout ce que son petit cœur (et ceci n'est pas une figure de style, il est vraiment tout petit petit), se retrouve là, dans le stade, tout seul, sans amis, sans famille, comme un Rémi, sans personne avec qui partager ce moment d’apothéose spectaculaire... Personne avec qui trinquer, personne avec qui rire du nouvel accoutrement des arbitres — ouais, parce que j'en avais pas encore parlé, mais ils ont tous un genre de casque Startrek maintenant, on dirait qu'ils sont au taquet pour prendre une commande au drive-in chez Quick —, sans personne avec qui pleurer au bout du deuxième ou troisième, j'ai perdu le compte, carton rouge ; personne à prendre dans ses bras pour fêter la victoire, si on voulait que le Mexique gagne, ou pour se consoler, si on était pour l'Afrique du Sud... Seul, comme un gland — je sais très bien que l'expression est « Con comme un gland », c'est une license poétique et capillaire — Tristesse...

Comme quoi on peut avoir tout ce qu'on veut, être le roi du monde, serrer la main des plus grands despotes de la planète, être tellement impérial que même l'ONU s'adresse à vous, avoir une Rolex ou autre babioles qui montre au peuple qu'on est quelqu'un, mais quand on n'a personne avec qui partager tout ça... ben je comprends, qu'on tire la gueule et qu'on a juste envie de se retrouver, toujours seul, pour tchouler8 comme un gamin, dans sa magnifique chambre d'hôtel, avec, peut-être même, un jacuzzi, du champagne et des profiteroles — personnellement, je préfère les profiteroles à la crème fraîche, avec de la crème glacée, je trouve ça nettement moins délicat... « Ress... non, plutôt, abrège ! De toute façon, il n'y a personne pour lire tes âneries ! »... oui Raymond, tout de suite, tu as raison... et puis, j'y connais rien au foot de toute façon...

Enfin, le voir comme ça, le petit Gianni, ça m'a vraiment fait pitié...
Gianni, je te promets, sur mon Orval, que je ne me foutrai plus jamais de ta gueule... Ah ben merde alors, j'oubliais, je n'avais pas d'Orval... Bon ben, c'est comme tout : la planète, le fairplay, les feux d'artifice, la fête ratée... tant pis...