Paradoxe de Jevons ou l'effet rebond
Le Paradoxe de Jevons ou l'effet rebond, c'est quand une amélioration de l'efficience de quelque chose qui aurait, en théorie, du engendrer une baisse de la consommation, fait juste le contraire et engendre une surconsommation
Info
Photo de William Stanley Jevons
On se doute bien que ce n'est pas James Watt qui a donné le nom de « Jevons » au « paradoxe de Jevons »... Non, c'est William Stanley Jevons (c'est lui là, à sur la photo en sépia)...
Jevons décrit dans livre Sur la question du charbon (1865), comment les gains d'efficiences de la machine à vapeur inventée par James Watt ont finalement engendré une croissance de la consommation de charbon.
Il y a pléthore d'exemples concrets...
Par exemple, le double vitrage qui aurait du réduire la consommation de mazout et réduire les frais de chauffage ont fait qu'on s'est mis à construire des maisons plus grandes avec énormément de vitres, voire même de vérandas... Résultat, le coût de chauffage au mètre carré à bien baissé... mais, vu qu'il y a plus de surface, au total, on consomme plus de mazout pour se chauffer et donc on paye plus cher... et on rejette plus de CO₂.
Aussi, les gains d'efficience dans les transports, de tout genre... On est parvenu à rendre la fonctionnement des moteurs de plus en plus économe... Mais au lieu de réduire la consommation de carburant, on a allongé les trajets, tant pour le travail, les hobbies, les courses que les vacances... Ce qui a peu changé, c'est le temps moyen des trajets... par contre le gain d'efficience a rendu le kilomètre moins cher, donc on en parcourt plus, et, in fine, on consomme inévitablement plus... et on émet plus de CO₂ (et de particules fines).
« Encore une exemple ! »
« Oui, bon, si vous insistez... »
Les LEDs... Superbe techno qui a permis de drastiquement réduire la consommation électrique pour une quantité de lumière donnée... Sauf qu'on s'est mis à foutre des LEDs partout ! Vous voyez déjà le résultat... et plus d'émissions de CO₂ et de consommation de ressources, entre autres des terres rares (Yttrium, Cérium, Europium etc. etc) sur lesquels la Chine a la main mise et on a ainsi créé une toute nouvelle dépendance géostratégique, mais ça c'est encore un autre débat.
À bien y regarder, il y a très très peu d'avancées technologiques avec des gains d'efficiences qui n'ont pas rapidement engendré des surconsommations... Les seules exceptions sont les solutions low-tech qui sont une vraie réponse au problème, principalement parce qu'ils jouent sur les deux piliers de la sobriété !
La sobriété
Tout le monde, et les politiciens en premier, sait que la sobriété est la chasse à l'efficience... Mais le gain en efficacité n'est qu'un seul de deux piliers de la sobriété...
Le deuxième, lui, est quasi toujours ignoré, surtout par les politiciens... Et il s'agit de la réduction de la demande, la sobriété des besoins donc, et c'est précisément parce que les low-tech se préoccupent, eux, des deux, que ces solutions-là, elles, fonctionnent en minimisant les effets collatéraux.
Ce paradoxe joue énormément dans le réchauffement climatique et invalide grandement le thèse des Cornucopéciens1 — ce sont les gens qui pensent que la technologie seule va nous sauver — parce que c'est principalement le gain d'efficience qu'ils mettent en avant qui est la cause de la surconsommation qui engendre les quantités exponentielles d'émissions de CO₂.
Mais il n'y a pas que pour le climat que ça joue... Si on prend un bête exemple qui nous impacte tous directement...
Les gains d'efficiences dans le travail n'ont jamais engendré une baisse du temps de travail ou une amélioration de la qualité de vie...
Que du contraire, elles ont quasi toutes eu pour effet une surproduction et une plus grande pression à toujours travailler plus parce que le coût marginal du travail a baissé puisque les salaires ne sont pas augmentés en fonction et qu'il était devenu possible de faire plus, toujours plus, avec moins...
Maintenant qu'on a plus ou moins compris cet effet rebond, on peut faire un tout petit peu de prospective sous forme de questions...
Si on sait que les moteurs des véhicules électriques sont nettement plus efficients que les moteurs thermiques, quelle sera inévitablement la conséquence du basculement massif vers l'électricité comme énergie pour se mouvoir ?
Si on sait que l'IA décuple les capacités à produire tout et n'importe quoi en de moins en moins de temps, quelle sera la conséquence inévitable de ce bond technologique ? Et est-il réellement crédible de penser que l'IA va réellement permettre d'éviter à l'humanité de se prendre le mur ?
Enfin, dernière question pour la route... Quelle serait la conséquence inévitable du plus grand gain d'efficience jamais atteint par l'humanité si elle parvenait à produire de l'énergie quasi illimitée pour trois fois rien avec de la fusion ?
Sauf changement radical systémique, chaque avancée technologique amenant de l'efficience est vouée à accroître de façon exponentielle le problème qu'elle est sensée endiguer... et chaque itération ne fait qu'accélérer les train qui fonce droit dans le mur...